06 juin 2006

Urbanisme progressiste : la fin de l'espace public ?

Peut-on accuser l’urbanisme progressiste d’être à l’origine de la disparition des espaces publics dans nos villes ?

Pour parvenir à mesurer notre réponse, petit aperçu des grands principes de ce mouvement :

Les plus grands théoriciens progressistes ont été Tony Garnier, urbaniste de la ville de Lyon sous le mandat du maire Edouard Herriot, Walter Gropius, architecte urbaniste, et Charles-Edouard Jeanneret dit « Le Corbusier », architecte urbaniste dont les idées seront globalement reprises dans la Charte d’Athènes de 1933.
Ce courant s'imposa entre l'après première guerre mondiale et les années 1960. «Les membres du Bauhaus et du mouvement De Stjil projetaient des cités plantées d'espaces verts, inondés de soleil, sillonnées de voies de circulation pour drainer harmonieusement la population évoluant entre
les différents quartiers définis par leurs activités (habitat, travail, loisir). La doctrine de l’urbanisme progressiste fut élaborée lors des Congrès internationaux d’architecture moderne (CIAM), la charte d’Athènes définissant les critères de la ville moderne. Le logement était privilégié, la rue « corridor » bannie et la nature largement introduite dans les villes. Appliquant à la ville un fonctionnalisme radical (à chaque quartier et à chaque bâtiment une fonction unique : travail, habitat, loisir, etc.), ces urbanistes proposaient un zonage séparé dans les villes où le développement des techniques de construction (béton, immeubles de grande hauteur, ascenseurs) permettaient toutes les audaces »(www.fr.encarta.msn.com).
Ces principes trouvèrent principalement à s’appliquer au lendemain de la seconde guerre mondiale dans un contexte de grands travaux et d’une carence en logements. Ce mouvement fut d’abord accueilli avec enthousiasme, apportant par ses dessins épurés de la ville, ses nouveaux matériaux (béton armé…) et l’idée d’appartements préfabriqués, une réponse au besoin de reconstruction rapide. La rénovation des quartiers et des centres urbains anciens passa souvent par leur démolition, au nom de l’hygiène et de la modernisation. Les grands ensembles, vestige architectural de cette époque, sont conçus comme un ordre ouvert, sans rue, sans cour intérieure, et sans « devant » ni « derrière ». C’est ainsi que l’on vit se multiplier des villes nouvelles ou cités-dortoirs caractérisées par le gigantisme et la pauvreté formelle et sémantique de ces déserts de béton.

Néanmoins, ce courant progressiste ou « fonctionnaliste », appelé ainsi en référence aux fonctions attribuées à la ville, fut rapidement soumis à un vent de critiques et laissa la place à un plus grand réalisme en matière d’urbanisme.

Pendant toute cette période, la notion d’espace public a été mise de côté, les urbanistes préférant se concentrer sur les fonctions de la ville, son rôle utilitaire. L’espace public était devenu un non-lieu, un résidu, peu digne d’intérêt.

A partir des années 1980, l’urbanisme se tourne vers une autre direction, que l’architecte Christian de Portzamparc nomme la ville de l’âge III. Après la ville sédimentaire et la ville planifiée, la ville de l’âge III serait celle qui concilie cohérence et hétérogénéité. On assiste à l’émergence d’hommes et de femmes comme Frédéric Borel ou Catherine Furet. « D'un côté, l'homogène, l'ordre, l'habitude, la mesure, de l'autre, l'hétérogène, le désordre, l'insolite, la démesure. [...] Si les rues et les places appartiennent au monde, les cours annoncent d'autres mondes, multiples et insaisissables », écrit Frédéric Borel.

Ce nouveau courant se caractérise par le goût de la redécouverte d’espaces appropriables par chacun. La mise en place des plans locaux de déplacements deviennent prétexte à repenser le partage entre les modes de transport dans la ville et la place à redonner aux habitants par le soin apporté aux espaces publics (cf. transformations de Lyon, Grenoble, Strasbourg pour la France, mais aussi Barcelone…)

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