Espace public républicain - Champeaux, architecte

25 juillet 2006

Nécessaire densité urbaine

Bonjour !

a : A quoi penses-tu quand je te dis « densité » ?
s : Tours, concentration, béton, bétonnage, habitat oppressant, absence de choix, populations victimes...
a : Pourquoi pas rubans de petites maisons, habitat individuel compact ? Mais la densité c’est aussi des espaces libres (des places, des espaces verts), la proximité des commerces, l’indépendance vis-à-vis de l’automobile... ?
Si tu devais choisir entre un pavillon et un logement en immeuble, où voudrais-tu habiter ? et si tu avais le choix entre une vieille maison délabrée et petite et un vaste appartement dans un immeuble de standing avec vue majestueuse à partir d’un balcon spacieux ou du toit terrasse ? si tu avais le choix entre un immeuble de standing et un château en bord de mer ?
s : ... C’est vrai que l’on pose toujours les questions de façon à ce qu’elles induisent la réponse.
Tout compte fait, j’aimerais bien habiter dans un immeuble de standing en plein centre-ville : j’aurais les commerces, les services et les écoles sous la main, des voisins avec un statut social respectable, je ferais des économies en transport... Ce n’est peut-être pas si mal d’habiter dans un immeuble...
a : En revanche, tu n’aurais pas de jardin. Mais juste à côté de chez toi, la commune a aménagé un beau parc avec des jeux pour les enfants de l’immeuble... et pour tous ceux du quartier : c’est l’addition de tous les jardins que les habitants de l’immeuble n’ont pas. Cet espace, c’est un cadeau que tu donnes à tes voisins qui habitent en maison.
s : Ainsi les immeubles sont indispensables à la ville et à tous ses habitants. Mais je n’irais pas habiter dans une zone de barres et de tours avec ses logements HLM. Je n’ai rien contre les personnes en difficulté, mais je préfère quand même que mes enfants soient amis avec ceux de mon immeuble de standing.
a : Mets de côté tes préjugés. La vie dans les familles aisées n’est pas toujours idyllique. Elles ont aussi leurs lots de personnes violentes, alcooliques, qui parlent fort...
Pour préserver au maximum l’intimité des personnes dans leur logement, il faut choisir d’investir dans les systèmes d’isolation phonique et thermique... quitte à faire l’économie sur l’extérieur. Trop souvent, les promoteurs diminuent les surfaces des logements et leur confort et misent tout sur les façades. Mais c’est le logement, l’espace de vie qui doit avoir la priorité en terme d’investissement.
s : Une façade très simple peut devenir belle grâce au bassin d’eau qui la longe, à la pelouse qui la met en valeur, ou aux arbres qui essaient de rivaliser de hauteur...
C’est de l’urbanisme, pas de l’architecture. C’est fini le temps où l’on pensait un bâtiment de manière isolée. Un immeuble, une maison s’installent dans un site, ils ne sont pas seuls à dessiner le paysage.
a : En parlant de paysage, les immeubles permettent parfois même mieux que des maisons d’avoir des percées visuelles. Plutôt que d’avoir un îlot oppressant qui crée un sentiment de concentration, l’espace est aéré et permet de s’évader.
s : La ville, c’est le mélange, la diversité. Nous ne voulons pas dire que l’immeuble est mieux que la maison individuelle, il faut de tout. L’immeuble permet d’économiser de l’espace, de répondre aux attentes de certaines personnes (retraités, personnes sans enfants...), de limiter les déplacements en automobile, d’avoir une plus grande mobilité (on hésite moins à quitter un appartement qu’une maison). Mais la ville doit aussi offrir aux habitants qui le souhaitent la possibilité d’habiter en maison. Il y plusieurs types d’habitats individuels : il n’y a pas que le pavillon, cher et dévoreur d’espace. Il y a aussi les maisons de villes accolées qui retrouvent leurs galons depuis que le développement durable est devenu une préoccupation partagée par la majorité des aménageurs.
a : Ce qui est le plus important, c’est que l’habitant ait le choix des endroits où il habite. C’est la seule manière d’atteindre la mixité sociale et d’éviter le sentiment d’exclusion et de frustration des couches sociales les plus défavorisées. Aujourd’hui il existe des maisons et des logements tout confort en immeuble qui sont accessibles aux petites bourses.
s : L’urbanisme et l’architecture doivent continuer à innover et à oser proposer de nouveaux modèles d’habitat pour sortir du fantasme du pavillon et préserver nos espaces publics.

Voilà, à bientôt. Et n'hésitez pas à écrire vos commentaires.

Pour ceux qui trouvent que notre livre n'est pas inintéressant (petite dédicace personnelle), voici une dernière petite réflexion qui a pour titre "Nécessaire densité urbaine" et qui s'intègre dans la première partie du livre.

Posté par champeaux à 14:17 - - Commentaires [3] - Permalien [#]